Nique les dieux est un livre brut et tendre qui dit le désir, la réinvention, les nuits bruxelloises, les créatures, les blessures, le rire, celui qui vient de loin. La fête, la communion des corps et des esprits, les ami.x. La poésie.

Quelques mots de Manon Vila sur sa rencontre avec Adam. Manon est réalisatrice et artiste, elle a réalisé en 2016 le film Akaboum.

« Ma rencontre avec Adam, c’était il y’a pas loin de 15 ans maintenant. C’est Cergy, c’est le YGREC. Déjà les amis, d’autres. Déjà le gang de la gouaille. La musique, beaucoup. Du remue-ménage, beaucoup. Dernier wagon du RER A. Celui où tu roules des ter, les genoux à la poitrine, semelles crasses bien crampées sur la vilaine moquette RATP. Ça rap, souvent. Ça cisaille dans la langue, ça burine dans les carrières de pierres. Y’a quoi ? L’impertinence, une myriade de fautes d’orthographe sur le bout de la langue. T’entends pas ou quoi ? Ça chagrine le dico, ça picote comme une pinchenette.

Le paternel, pas trop dans le coin, imprime le cœur, la langue. Il est conteur., ça compte. A Cergy y’a une rue qui me fait penser à toi, à vous : la rue des Maçon de Lumières. Lumière iridescente aux lisières, fugueuse. Tu crois la tenir et bim dérobade. Alors comme tout bon maçon, faut construire autour, quelque chose qui tient pour retenir la lumière en fait. Le maçon, lui, il sait que les trucs ne tiennent pas tout seuls. Il monte, il cale, il joint, il scelle. Il met du plein autour du vide. Il fait des fondations pour des choses qui n’existent pas encore.

Les Maçons de Lumière c’est ça peut-être : celleux qui construisent avec du solide autour de l’immatériel, qui font tenir ce qui normalement fout le camp. A Cergy, ça regarde le monde depuis le bout d’un monde, celui des démiurges, un point final au bout d’un Axe majeur, entre 12 colonnes, sous la plus grosse horloge d’Europe. Une vision, où tout tiendrait ensemble, sans s’annuler, sans se gêner.

Cergy St Christophe c’est un lore de conte. Un bout du monde avec une grosse veine rouge qui part de là et traverse tout, jusqu’à Marne la Vallée. Le RER A. Tu montes dedans à Cergy et le château de la Belle au Bois Dormant n’est pas si loin finalement. Avec Adam, et les autres du YGREC on fait « Akaboum ». Un film de fugitif et d’explorateurs, à la poursuite d’une fête, une grande bacchanale au château de la Belle au Bois Dormant.

Y’a R1ouioui, y’a fatal Walima, y’a Bama, y’a Moku John, y’a Bumputu, y’a Rage. Avec Adam on a fabriqué la fête, le grand radeau chatoyant des enfants perdus, on a organisé la procession vers le château. Y’a des Lapin canards en étendards, y’a des Belkin Rockstar en bandoulière. Pour conjurer le sort, y’a la joie, le désir qui déploient les gorges et brule la plante des iep comme la braise. Ça sautille, s’éparpille et ça frappe le sol aussi. A l’unisson.

Adam c’est mon premier désir de film, c’est la musique, c’est la fête, c’est matérialiser les rêves, c’est le rire le plus sonore que je connaisse. C’est le débit digressif, le sens de la punch, poésie, philosophie, feu de paille et gerbes d’étincelles qui montent au ciel. Tellurique et cosmique, gluant comme magma, vif comme Supernova.

Adam c’était mon envie de film, parce les films c’est pour qu’on bosse les rêves en fait, qu’on leur donne du rythme, du flow. Adam c’est mon agent désirant. Dans ce micmac au départ y’avait mon petit frère, sacrément en galère avec le réel, alors coffré dans une institution psychiatrique, même génération que le gang du Ygrec (c’est d’ailleurs lui qui m’a ramené dans la teuf où j’ai rencontré Adam et les autres). C’est son absence pendant la fabrication du film qui m’a tiré par le cœur, et c’est Adam, lui aussi sacrément en galère avec le réel, mais dans les contrées lumineuses de la négation, qui a maçonné mon petit hommage aux enfants perdus.

Ma rencontre avec Adam, c’est l’âme fragmentée en mille pépites, coup de foudre comme jaja. La beauté des fous rires qui forment les « abdos du rire ». Sur mon chemin, j’ai buté sur un artiste total, qui fera rien comme on le lui conseille, à la merci, et heureux de l’être, de l’ici et du maintenant. Désir désir désir. »

2026

Broché, 95 pages

Production : Magali Daniaux & Cédric Pigot

Directrice de collection : Stéphanie Boubli

1 euro de chaque livre est reversé à l’association Mouv’Enfants qui lutte contre toutes les violences faîtes aux enfants.

ISBN : 978-2-490353-08-8